Manden est le nom d'un pays, et il circule dans les sources européennes bien avant de devenir une étiquette savante.
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André Álvares de Almada consacre en 1594 un chapitre au royaume des Mandingues. Mungo Park écrit en 1799 que ce peuple est appelé Mandingo parce qu'il a migré depuis l'État intérieur de Manding. René Caillié emploie Mandingues une centaine de fois dans le récit de son voyage publié en 1830. Pour le sens même du nom, nous n'avons trouvé qu'un seul compte rendu, celui du griot Babou Condé, recueilli par Camara Laye : Manden viendrait de man, « lamantin », et den, « enfant », soit « l'enfant du lamantin » ; aucune autre étymologie du mot ne nous est connue, et celle-ci n'est pas établie par d'autres sources.
En 1854, le missionnaire Sigismund Wilhelm Koelle publie la Polyglotta Africana, recueillie à Freetown auprès d'Africains libérés de la traite. Il note que ses informateurs disent Mánde et Mandénga, que la graphie Mandingo portée jusque-là sur les cartes est fautive, et que la terminaison nga, souvent prononcée nka, est un suffixe de gentilé. Il utilise ces noms dans sa classification des langues. Son témoignage atteste des formes employées par ses interlocuteurs : il n'a pas inventé le nom du pays. Sa critique de la graphie Mandingo est un jugement situé en 1854, qui ne permet pas de déclarer illégitimes tous les usages ultérieurs de cette forme.
C'est Maurice Delafosse qui impose mandé comme nom de famille en français, en 1901, puis distingue deux sous-groupes d'après leur mot pour dix. La classification est ensuite reprise et remaniée par Louis Tauxier, William Welmers, Joseph Greenberg, Raimund Kastenholz et Valentin Vydrin.
Niane (1985, chapitre 6, p. 141 et 153-154) emploie Mande et Manden pour le pays historique du haut bassin du Niger, entre Kangaba et Siguiri, dans les actuels Mali et Guinée. Il rapporte des traditions concernant Do et Kiri antérieures à Soundiata, et emploie Mandenka, « mandingue », pour nommer un peuple. Le périmètre historique décrit par cet auteur ne se confond ni avec l'aire de toutes les langues mandé, ni avec la République du Mali.
Le même chapitre distingue, avant Soundiata, deux royaumes reconstitués par la tradition orale : le Do ou Dodougou, peuplé par le clan Konde, et le Kiri, aussi appelé Manden, occupé par les Konaté et les Keita. Le clan Kamara tient Sibi et Tabön sur la rive droite du Niger ; les Traoré occupent une partie du Kiri, mais la majorité d'entre eux vit dans la province qui prendra plus tard le nom de Gangaran. Une note du même chapitre situe le berceau des Keita dans le pays des monts du Manden, autour des villages de Dakadiala, Naréna et Kiri, et donne Mellit comme variante berbère de Mali, à côté de la dérivation par les Fulɓe (Niane, 1985, p. 151-152). Après la victoire de Kirina, l'assemblée réunie à Kourou-Kan-Fouga établit des correspondances entre noms claniques mandenka et noms claniques d'autres peuples du Soudan occidental — un Traoré est reçu comme frère par les Diop, un Konde par les Ndiaye — une parenté à plaisanterie que Niane décrit sans la nommer sanankuya (Niane, 1985, p. 157-158, note 44). Avant Soundiata, le royaume soso, distinct du Manden, procède d'un clan maninka spécialisé dans le travail du fer ; la dynastie Kanté l'unifie avec le Kaniaga à la fin du XIIe siècle, dans une région où l'ancienne domination du Ghana avait déjà reculé (Niane, 1985, p. 148-149).