Ce que le mot désignait avant de désigner ce lac n'est pas établi, et l'explication couramment donnée — un mot kanembu signifiant « grande étendue d'eau » — ne se retrouve dans aucune des sources consultées.
Les premiers Européens à atteindre le lac, Dixon Denham et Hugh Clapperton, emploient en 1826 la forme « Tchad » sans jamais la traduire. Sigismund Koelle, premier lexicographe du kanouri, écrit en 1854 que Tsade est « le lac d'eau douce bien connu, que d'autres peuples appellent aussi Tsad » : il en fait un nom propre et ne lui donne pas de sens. Le dictionnaire anglais-kanouri de Norbert Cyffer, en 1994, garde Sáde pour le lac Tchad mais rend « lac » par kulúwu ou njî kúra, littéralement la grande eau — autrement dit, le kanouri ne se sert pas de ce mot-là pour dire un lac. Gustav Nachtigal, qui séjourne dans la région dans les années 1870, écrit que le nom Tsâde voudrait probablement dire « grande accumulation d'eau » dans le parler des So, anciens habitants de la rive ouest du lac. Les Budduma, qui vivent sur les îles, appellent le lac Kulû. Ni les So ni les Budduma ne sont les Kanembu.
Le mécanisme souvent invoqué, celui du voyageur qui demande le nom d'un lieu et à qui l'on répond ce que la chose est, n'est documenté par aucun des auteurs lus ici pour le lac Tchad. Denham ne rapporte pas d'échange de ce genre. Le présenter comme l'histoire du nom serait une reconstruction.
Le nom est celui du lac, repris par l'administration coloniale française pour désigner le territoire au début du XXe siècle, puis conservé à l'indépendance. Qui a nommé le lac, et dans quelle langue, reste discuté : le kanouri emploie le mot comme nom propre sans le traduire, Nachtigal le rapportait au parler des So, anciens habitants de la rive ouest du lac, et aucune source consultée ne l'attribue au kanembu.