Système politique traditionnel
Chaque confederation touaregue est gouvernee par un amenokal (chef supreme), elu par les imegharan (anciens de clans nobles) et charge de lever les tributs en temps de guerre et de representer la confederation dans les negociations exterieures. Les affaires interclans sont regees par un conseil d'elders. L'autorite est exercee de facon consultative, avec une forte autonomie des clans (tawshet). La succession de l'amenokal suit une logique matrilineaire (le fils de la soeur herite du titre).
Organisation clanique
La societe touaregue est divisee en tawseten (clans, sing. tawshet), groupes de familles dirigees par un amghar (chef hereditaire par la matrilinee). Plusieurs tawseten forment une confederation (kel). La stratification sociale est rigide : les nobles (imuhagh/imajaghan) exercent le pouvoir politique et militaire ; les vassaux (imghad) s'occupent de l'elevage et paient un tribut (tiwse) ; les clercs (ineslemen/marabouts) sont des juges et imams ; les artisans (inadan) forment des castes endogames de forgerons, joailiers et travailleurs du cuir ; les anciens esclaves (ikelan/bellah) dependent encore dans certaines zones des familles nobles.
Rôle des lignages
La societe touaregue est matrilineaire pour la transmission du titre politique (amenokal, amghar) — vestige pre-islamique — mais patrilineaire pour le droit islamique (heritages, mariage, polygamie). Les femmes touaregues jouent un role central dans la transmission culturelle : la langue, l'ecriture tifinagh, la musique anzad et la poesie sont transmises par les femmes. Les lignages nobles maintiennent un droit exclusif sur les armes et les chameaux.
Autorité religieuse
Les ineslemen (marabouts touaregs) constituent une caste clerique endogame, chargee des fonctions de juge (qadi), d'imam et d'enseignant. L'influence soufi (tariqa) est presente mais l'islam touareg est generalement qualifie de laxiste en raison du syncretsime avec les croyances pre-islamiques (culte des ancetres, veneration des esprits feminins de la fertilite et de la terre). Al-Maghili, erudit marocain, joua un role dans la diffusion d'un islam plus orthodoxe au 16e siecle.