Système politique traditionnel
Le Royaume d'Urundi etait une monarchie hierarchique absolue dirigee par le mwami (roi sacre), considere comme de nature semi-divine. Entre le mwami et la population se trouvait la classe des ganwa (princes du sang royal), distincte des Tutsi ordinaires, qui gouvernaient les provinces avec une semi-autonomie. Le systeme economique etait fonde sur l'ubugabire : une relation de clientele entre un patron (generalement Tutsi superieur ou ganwa) et un client (Hutu ou Tutsi inferieur) qui recevait des vaches en usufruit en echange de services agricoles et militaires. La karyenda (tambour sacre) etait le symbole supreme du royaume et du mwami, dont les battements etaient interpretes comme des oracles royaux.
Organisation clanique
La societe rundi est organisee en clans (ubwoko, pluriel imibari) qui transcendent les categories Hutu/Tutsi/Twa. Un meme clan peut comprendre des membres de toutes les composantes, ce qui temoigne de l'ancienne fluidite des categories sociales. Les clans les plus importants comprennent les Abanyaruguru (clan tutsi royal), les Abahima (tutsi du sud), les Abasongore (clan de forgerons et fabricants de tambours). La vie sociale et les mariages sont organises en lien avec l'appartenance clanique.
Grades d'âge
Les groupes d'age (imihigo) jouaient un role dans l'organisation sociale et militaire traditionnelle. Les ceremonies d'initiation marquaient le passage a l'age adulte. Le systeme de transmission orale des valeurs et de l'histoire (ubucurabwenge) assurait la formation des jeunes. Les Abatimbo (famille de batteurs de tambours royaux) constituaient un groupe specialise hereditaire.
Rôle des lignages
Les lignages agnatiques (inzu ya ba-) structurent l'identite, la propriete terrienne et les obligations ceremoniales. La patrilinearite domine dans la transmission des droits. Les ancetres (imizim) sont veneres comme protecteurs du lignage. La lobola (ubgabire en kirundi) — dot matrimoniale en betail — cree des liens formels entre lignages. L'appartenance clanique peut temperer ou renforcer les identites Hutu/Tutsi selon les contextes.