Système politique traditionnel
La société makua est organisée en chefferies matrilinéaires sous l'autorité d'un mwene (chef). Le mwene administre les affaires communautaires avec l'aide d'un conseil d'anciens. Chaque village dispose d'un lieu de culte (shrine) sous un arbre msoro, entouré d'un tissu nakoto pour signaler la sainteté du lieu. Les conflits non résolus sont soumis à un administrateur d'oaths (mwaavi). L'organisation est fondamentalement décentralisée, chaque communauté gérant ses affaires locales.
Organisation clanique
La société makua est strictement matrilinéaire : la filiation, l'héritage et l'identité clanique passent par la lignée maternelle. Les clans (enikulo) regroupent les familles partageant une ancêtre maternelle. Chaque adulte reçoit une parcelle de terre (ematta) allouée par le chef de village. La résidence est matrilocale. Le travail collectif communautaire (ichiyao) est une valeur fondamentale : les voisins se rassemblent pour aider aux travaux agricoles importants, brasserie de bière locale (utheka) à l'appui.
Grades d'âge
Les rites d'initiation structurent le passage vers l'âge adulte. La circoncision masculine est obligatoire : un homme non circoncis ne peut pas se marier dans la communauté makua. L'initiation féminine (chiputu) à partir de 12 ans réunit les adolescentes pour une période d'instruction par des femmes aînées sur les traditions makua.
Rôle des lignages
Les lignages matrilinéaires déterminent l'identité, les alliances matrimoniales, les droits fonciers et l'accès aux fonctions de chef. Le mariage est exogame (hors du clan maternel). Traditionnellement, aucun homme makua ne pouvait épouser une femme non-makua et vice versa, bien que ces règles se soient assouplies. Le mariage ne comporte pas de dot (lobola) : les Makua considèrent que payer une femme commercialise le mariage.
Autorité religieuse
L'autorité spirituelle traditionnelle repose sur les guérisseurs-médecins et les gardiens des shrines ancestraux. Le grand dieu créateur (Muluku) est omnipotent mais distant des affaires humaines quotidiennes. Chaque clan dispose d'un lieu de culte sous un arbre msoro. Les esprits ancestraux (malines) jouent un rôle d'intermédiaires. Environ 66-70% des Makua pratiquent les religions traditionnelles. Les populations côtières sont en majorité musulmanes (islam sunnite shafi'ite, introduction arabo-swahili). Une partie plus modeste pratique le christianisme (missionnaires protestants et catholiques depuis le 19e siècle).