D'où vient le nom Mandé ?

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Crédits : Émile Bayard, gravé par J. Gauchard et L. Brunier d'après Eugène Mage, 1868 — Domaine public ; Lucy Keith-Diagne / iNaturalist — CC BY ; Tratado breve dos rios de Guiné, édition de 1841, Smithsonian Libraries / Internet Archive — Domaine public ; Johann Friedrich Bolt, 1799, Rijksmuseum — CC0 ; Amélie Legrand de Saint-Aubin, v. 1830 — Domaine public ; Carolinerre / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 ; R. N. Cust, 1883 — Domaine public ; Polyglotta Africana, 1854, Boston College / Internet Archive — Domaine public ; Maurice Delafosse, 1901, Gallica / BnF — Domaine public ; Nadielle / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0 ; Natural Earth — Domaine public

Note de correctionNotre ancienne vidéo réduisait Mandé à une catégorie linguistique. Cette formulation effaçait ses autres usages. Nous la corrigeons.

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Manden, Mandé, mandingue : trois mots proches qui ne disent pas la même chose. L'un nomme un pays ancien du haut Niger, un autre sert à classer des langues, le troisième a nommé un peuple. Une explication transmise par un griot relie Manden au lamantin.

Une correction d'abord

La vidéo ci-dessus, publiée le 25 septembre 2026, le dit dès ses premières phrases : « Notre ancienne vidéo réduisait Mandé à une catégorie linguistique. Cette formulation effaçait ses autres usages. Nous la corrigeons. »

La vidéo précédente, publiée le 16 septembre 2026, présentait « Mandé » comme le nom d'une famille de langues et refusait d'y voir le nom d'un peuple. Cette vidéo et cet article la remplacent : ils montrent les autres usages du mot au lieu de les écarter.

Manden : un pays sur le haut Niger

Manden et Mande sont deux formes d'un même mot. Dans le chapitre qu'il consacre à cette région dans l'Histoire générale de l'Afrique de l'UNESCO (1985), l'historien Djibril Tamsir Niane situe le pays « appelé Mande ou Manden » sur le haut bassin du Niger, entre Kangaba et Siguiri, deux villes aujourd'hui au Mali et en Guinée. Il le présente comme le pays natal des Maninka.

Niane note aussi que ce nom a ensuite désigné l'ensemble des pays maninka. Le Manden n'a donc pas toujours eu la même étendue, et il ne se confond ni avec toute une famille de langues, ni avec la République du Mali.

D'où vient le mot Manden ? Une explication transmise

Une explication vient d'un griot, Babou Condé. L'écrivain Camara Laye a recueilli sa parole et l'a publiée en 1978 dans Le Maître de la parole. Selon cette explication, Mandén se décompose en man, le lamantin, et den, l'enfant : « l'enfant du lamantin ».

C'est la seule explication de l'origine du mot que nous ayons trouvée dans les sources consultées. Elle est portée par un griot, telle qu'un écrivain l'a transcrite : c'est un récit transmis, pas une étymologie démontrée par la comparaison des langues. D'autres griots, d'autres familles ou d'autres régions peuvent en transmettre d'autres. Si vous en connaissez une, dites-nous qui la raconte et où.

Ce que les traditions racontent du pays

Niane appuie son récit sur des traditions orales transmises dans plusieurs « écoles » de griots, dont celle de Keyla, près de Kangaba. Il en retient plusieurs points. Au départ, deux royaumes : Do, et Kiri, qu'on appelle aussi Manden. Seize rois auraient précédé Soundiata, et la liste varie d'une école à l'autre. Le règne de Mamadi Kani se placerait au début du XIIe siècle.

Le royaume soso monte alors en puissance. Niane décrit les Sosoe comme un clan maninka spécialisé dans le travail du fer. La guerre qui oppose le Manden au Soso se situe, selon sa chronologie, entre 1220 et 1235, date de la victoire de Soundiata.

Ces dates sont une reconstruction. Niane précise lui-même que la chronologie de cette époque a été établie à partir des durées de règne rapportées par l'historien Ibn Khaldoun, et qu'elle est relative. Elle aide à ordonner les événements ; elle ne les date pas au jour près.

Manden et « Mali »

Le royaume de Soundiata s'appelait-il Manden ou Mali ? Dans le même chapitre, Niane écrit à la fois « empire manden » et « empire du Mali ». Le mot « Mali » est attesté dans des textes écrits en arabe, et Niane propose qu'il vienne d'une altération de Manden par les Fulɓe, aussi appelés Peuls. Ces mentions, leurs dates et leurs limites sont détaillées dans notre article sur le nom Mali.

Mandingue : un nom noté par d'autres, puis repris

En 1854, le missionnaire Sigismund Koelle publie Polyglotta Africana. L'un de ses interlocuteurs nomme son pays « Mánde, or Mandén·ga ». Koelle ajoute que ce « Mandén·ga » figure toujours sur les cartes européennes sous la forme « Mandingo », et il juge cette graphie incorrecte.

Deux choses en ressortent. Le nom du pays existait dans la parole de ses habitants : Koelle le rapporte, il ne l'invente pas. Et les Européens l'écrivaient déjà à leur façon avant lui. Son jugement sur la « bonne » graphie est celui d'un auteur de 1854 : il n'interdit à personne aujourd'hui de se dire Mandingo, Mandinka ou autrement.

Niane, de son côté, parle du « peuple mandenka », qu'il appelle aussi « mandingue », et qu'il décrit comme formé de plusieurs groupes répartis de l'Atlantique jusqu'à l'Aïr.

Mandé : un nom pour classer des langues

Les linguistes emploient « mandé » pour une famille de langues d'Afrique de l'Ouest. Dans un article de 2009, le linguiste Valentin Vydrin en présente les groupes. L'un d'eux, le groupe manding, comprend notamment le bamana (bambara), le maninka, de nombreuses variétés de jula (dioula) et le mandinka.

D'autres langues de la même famille appartiennent à d'autres groupes : le soninké se range avec le bozo, le kpelle dans le groupe mandé du sud-ouest. La famille « mandé » dépasse donc largement le pays Manden. Une parenté entre langues ne dit pas à elle seule qui sont les personnes qui les parlent.

Des noms portés aujourd'hui

Les usages locaux varient d'un pays à l'autre. Le chercheur Coleman Donaldson décrit quatre grandes variétés manding : le maninka en Guinée, le mandinka en Gambie et au Sénégal, le bamanan au Mali, le jula en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso.

Entre 2012 et 2017, il a suivi des militants du mouvement n'ko, notamment à Bobo-Dioulasso et à Bamako. Ces enseignants et ces élèves cultivent une façon d'écrire qu'ils appellent kángbɛ, « la langue claire », pour relier ces variétés dans une même écriture. C'est l'exemple d'un mouvement, pas le portrait de tous les locuteurs.

En résumé

Manden nomme un pays ancien du haut Niger, dont Niane rapporte les traditions et qu'il situe entre Kangaba et Siguiri. Mandé reprend le même mot pour classer une famille de langues, y compris des langues parlées loin de ce pays. Mandingue se retrouve, sous la forme « Mandingo », sur des cartes européennes antérieures à 1854 ; chez Niane, il nomme un peuple ; chez les linguistes, un groupe de langues.

Ces trois mots ne se rangent pas dans trois cases fermées : ils se recouvrent selon l'époque et selon qui parle. Et l'origine du mot Manden ? Une explication transmise dit : « l'enfant du lamantin ». Nous n'en avons pas trouvé d'autre.

Sources consultées

  1. Djibril Tamsir Niane, “Le Mali et la deuxième expansion manden”, Histoire générale de l'Afrique IV, UNESCO/NEA, 1985, pp. 141 and 153–154., p. 141, 143, 149 (note 20), 151 (note 27), 153 (note 28), 154Officielle
  2. S. W. Koelle, Polyglotta Africana, 1854, variety II-1-a, Manden·gaRéférencée
  3. Valentin Vydrin, “On the Problem of the Proto-Mande Homeland”, Journal of Language Relationship 1, 2009, pp. 107–142, especially p. 107Référencée
  4. Coleman Donaldson, “Linguistic and Civic Refinement in the N’ko Movement of Manding-Speaking West Africa”, Signs and Society 7(2), 2019, pp. 156–185Référencée
  5. Camara Laye, Le Maître de la parole, Plon, 1978, p. 130 note 1En attente d'examen

    Parole du griot Babou Condé, recueillie et publiée par Camara Laye : l'explication de Mandén par « l'enfant du lamantin ».

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