Système politique traditionnel
La société manyika est organisée en chefferies héréditaires. Le chef (sadunhu ou ishe) est le chef de village héréditaire, assisté des chefs de famille (ishe yemba) qui arbitrent les conflits et officient aux sacrifices aux esprits ancestraux. Le chef suprême (mambo ou ishe mukuru) des royaumes de Mutasa et Makoni exerce une autorité sur plusieurs villages. Les décisions politiques importantes impliquent les anciens et les médiums des esprits (svikiro) qui communiquent avec les midzimu (esprits ancestraux) et avec le mudzimumukuru (grand esprit ancestral). L'autorité est investie dans les hommes, la sagesse dans l'âge.
Organisation clanique
La société manyika est organisée en totems (mitupo) patrilinéaires, chaque totem identifiant les descendants d'un ancêtre commun. Les totems courants incluent Shumba (lion), Nzou (éléphant), Mbizi (zèbre), Dhuve/Mazvimbakupa. Les personnes du même totem ne peuvent se marier (règle d'exogamie totémique). Les totems transcendent les divisions géographiques et empêchent l'ethnicisme intra-shona. Chaque homme adulte reçoit traditionnellement de la terre de son père ou du village pour cultiver.
Rôle des lignages
L'organisation est patrilinéaire : les terres, le nom et les droits se transmettent par le père. La dot (lobola) est payée au père de la fiancée, généralement en bétail et en argent. Les vaches sont tabou pour les femmes (seuls les hommes les traient et les gardent). Le foyer étendu (plusieurs femmes et leurs enfants dans une polygynie traditionnelle, en recul) est l'unité de production. Les ancêtres non vivants sont considérés comme membres de la famille actuelle.
Autorité religieuse
Les médiums d'esprits (svikiro) jouent un rôle central : ils communiquent avec les midzimu (esprits ancestraux) et avec Mwari (dieu suprême shona), et servent d'intermédiaires entre les vivants et les ancêtres pour les grandes décisions politiques, agricoles et judiciaires. Le chef héréditaire officie aux sacrifices communautaires aux esprits. Les missionnaires anglicans, méthodistes et catholiques implantés depuis le 19e siècle ont profondément influencé la société manyika; les Manyika évangélisés furent favorisés pour l'emploi en période coloniale.