Système politique traditionnel
Système féodal chrétien organisé autour de la monarchie salomonide (1270-1974). Les empereurs amhara (Negusa Nagast, « roi des rois », guèze nəgusä nägäst) exerçaient une autorité théocratique fondée sur la revendication d'une descendance de Salomon et de la reine de Saba (récit du Kebra Nagast, 14e siècle). Les grandes provinces (Gojjam, Gondar, Wollo, Shewa) étaient gouvernées par des seigneurs portant le titre de ras (guèze rəʾs, « tête » ; un rang de haute noblesse, souvent rendu par « duc ») ou de dejazmach, nommés ou reconnus par l'empereur. Le système incluait une Église orthodoxe puissante (Église Tewahedo) étroitement liée à l'État.
Organisation clanique
Contrairement aux peuples pastoraux voisins, la société amhara n'est pas organisée en clans tribaux. Elle est structurée selon des hiérarchies de clans de rang élevé et de rang inférieur, ainsi que des castes d'artisans (forgerons, potiers, tisserands : beta) qui sont endogames et stigmatisées. Historiquement, une classe d'esclaves (barya) existait, abolie dans les années 1930. L'appartenance à un groupe est définie par des critères individuels et familiaux plutôt que par une logique de clan tribale.
Rôle des lignages
Descendance patrilinéaire. Les lignages nobles (ras, dejazmach) ont joué un rôle central dans la politique impériale. L'identité amhara est fondée sur des critères linguistiques, religieux (orthodoxie) et géographiques plutôt que sur des lignages stricts. Les nobles amhara revendiquaient des généalogies remontant aux empereurs salomonides.
Autorité religieuse
L'Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo (EOTC) est l'institution religieuse centrale de la culture amhara. Son chef (Patriarche) exerce une autorité spirituelle majeure. Les prêtres (qassis) et les diacres sont présents dans chaque village. Les Debteras (chantres-lettrés) jouent un rôle crucial dans la musique liturgique et la médecine traditionnelle. Le monachisme (monastères du lac Tana, Lalibela) est très développé. L'Église a historiquement soutenu la légitimité de la monarchie salomonide.