D'où vient le nom Guinée ?

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Crédits : Hauts plateaux du Fouta Djallon, Guinée, 2013 · Maarten van der Bent · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 ; Dubréka, Quenendè · François-Edmond Fortier, v. 1905 · Wikimedia Commons · domaine public ; Gravures rupestres en tifinagh, Sahara algérien, 2006 · Paul Gruban · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 ; Carte de la Barbarie, de la Nigritie et de la Guinée · Guillaume Delisle, 1707, Musée de la Compagnie des Indes · Wikimedia Commons · domaine public ; Conakry, Guinée, 2015 · Vincentyang1912 · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 ; Massif du Fouta Djallon, Guinée, 2013 · Maarten van der Bent · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 ; Intérieur de village djallonké, Guinée · François-Edmond Fortier, v. 1905 · Wikimedia Commons · domaine public ; L'almami de Timbo et sa maison, Guinée · François-Edmond Fortier, v. 1905 · Wikimedia Commons · domaine public ; Vue de l'armée du Fouta Toro en marche · gravure d'Ambroise Tardieu, 1820, Bibliothèque nationale de France · Wikimedia Commons · domaine public ; Timbo, capitale du Fouta Djallon, gravure de 1818 · New York Public Library · Wikimedia Commons · domaine public ; Fouta Djallon, Guinée, 2013 · Maarten van der Bent · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0

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L'origine du nom Guinée n'est pas établie : un mot soussou, une expression amazighe et l'orthographe des navigateurs portugais se disputent l'explication. À l'intérieur du pays, le nom du Fouta Djallon réunit deux langues, celle des Fulɓe et celle des Yalunka.

Un nom dont l'origine n'est pas établie

D'où vient le nom Guinée ? Trois explications circulent, et aucune n'est démontrée.

La première relie le mot au soussou guinè, qui désigne la femme. C'est une étymologie couramment citée, notamment en Guinée.

La deuxième le rattache à une expression amazighe, akal n ignawen, « la terre des ignawen ». Les berbérophones désignaient ainsi, au Moyen Âge, la zone sahélienne au sud du Sahara. On la traduit d'ordinaire par « pays des Noirs », d'après Maurice Delafosse en 1924. Rachid Agrour, qui reprend cette lecture dans un article de 2012, rapporte aussi une autre analyse du mot agnaw : il viendrait du verbe gnu, coudre. L'agnaw serait alors « celui qui a la langue cousue », celui qui ne parle pas la langue de celui qui le nomme.

La troisième explication ne dit pas d'où vient le mot, mais comment il s'est imposé : les navigateurs portugais écrivent Guiné dès le XVe siècle, pour toute la côte ouest-africaine au sud du Sénégal. C'est cette forme écrite qui s'est répandue en Europe. Elle ne désignait pas le pays actuel, qui n'existait pas encore.

Un nom de colonie gardé à l'indépendance

En 1891, la France reprend ce nom pour sa colonie : la Guinée française, qui dure jusqu'en 1958. Le 2 octobre 1958, le pays devient indépendant et garde le nom de Guinée.

Fouta Djallon : un nom fait de deux langues

Au centre du pays, le massif du Fouta Djallon porte un nom en deux morceaux. « Fouta » est le mot fulfulde, la langue des Fulɓe, pour une région qu'ils habitent. « Djallon » vient du yalunka, où il veut dire « montagne ».

Avant, la région s'appelait Jallonkadu, « le pays des gens de la montagne ». Le nouveau nom n'a pas effacé l'ancien : il lui a ajouté un mot devant. Chaque moitié du nom garde la trace d'une langue et d'un peuple.

Un État fulɓe sur le plateau

Aux XVIIIe et XIXe siècles, le Fouta Djallon est le siège d'une théocratie fulɓe, l'un des plus importants États fulɓe d'Afrique de l'Ouest : un État islamique organisé, qui a résisté à la colonisation française.

Les Fulɓe n'y sont pas arrivés d'un coup. Notre fiche sur ce peuple décrit deux vagues distinctes : des éleveurs à partir du XIVe siècle, puis, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des musulmans qui fondent la théocratie.

Un pays d'arrivées autant que de départs

On entend dire que la Guinée est le pays « d'où viennent » les peuples de la région. Nos fiches racontent aussi l'inverse : pour ses grands groupes, la Guinée a été une destination.

Les premières traces des Yalunka sur le plateau remontent au XIe siècle ; notre fiche sur ce peuple les présente comme les premiers habitants du Jallonkadu. Une tradition kissi, rapportée dans un ouvrage de synthèse, les fait venir de la région du Haut-Niger, puis vivre au sud du Fouta Djallon jusqu'à ce que les Yalunka les poussent vers l'ouest, à partir de 1600. L'origine des Soussou est discutée : une lecture les fait venir du Wagadu, l'ancien Ghana, mais les auteurs ne s'accordent pas. Leur expansion vers la côte atlantique, au XVIIIe siècle, suit les guerres menées par les Fulɓe du Fouta Djallon.

Ces récits reposent sur des sources de solidité inégale, que chaque fiche indique. Ils ne font pas de la Guinée un point de départ unique, ni un point d'arrivée unique : les peuples qui y vivent vivent aussi dans les pays voisins, et leurs histoires traversent les frontières actuelles.

En résumé

Le nom Guinée est arrivé par l'écrit, par l'orthographe des navigateurs portugais, puis par la colonie française, et le pays l'a gardé en 1958. Son origine reste discutée entre plusieurs explications. À l'intérieur, le nom du Fouta Djallon réunit deux langues et deux peuples.

Vous connaissez une autre explication du nom Guinée, ou un récit sur le nom Jallonkadu ? Dites-nous d'où vient ce que vous savez.

Sources consultées

  1. Fiche du peuple soussou, EthniAfricaEn attente d'examen

    Notre fiche sur les Soussou : l'étymologie couramment citée qui relie Guinée au mot soussou pour « femme », et les lectures divergentes sur l'origine du peuple.

  2. Rachid Agrour, Cahiers d'Études africaines, 2012, d'après Maurice Delafosse, 1924, p. 767-811En attente d'examen

    « Contribution à l'étude d'un mot voyageur : Chleuh », Cahiers d'Études africaines 208. L'article cite Delafosse (1924, p. 153) pour akal n ignawen ; il ne s'oppose pas à lui.

  3. Fiche pays de la Guinée, EthniAfricaEn attente d'examen

    Notre fiche pays : les trois explications du nom, la Guinée française, l'indépendance, le nom du Fouta Djallon (d'après N'Daou, 1999) et la théocratie du Fouta Djallon.

  4. Compte rendu de Thierno Diallo, Cahiers d'Études africaines, 1974En attente d'examen

    Compte rendu paru en 1974, cité par le carrousel pour le sens des deux moitiés du nom. Nous ne l'avons pas relu pour cet article.

  5. Fiche du peuple yalunka, EthniAfricaEn attente d'examen

    Notre fiche sur les Yalunka : leur présence sur le plateau et le nom Jallonkadu.

  6. Fiches des peuples fulɓe, malinké, soussou et kissi, EthniAfricaEn attente d'examen

    Nos fiches sur ces peuples : leurs routes de migration, dont les deux vagues fulɓe vers le Fouta Djallon.

  7. Fiches des peuples kissi, yalunka et soussou, EthniAfricaEn attente d'examen

    Nos fiches sur ces peuples : la tradition kissi d'une origine au Haut-Niger et le départ vers l'ouest, l'expansion soussou vers la côte.

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