D'où vient le nom Guinée ?
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Le texte des images
- La Guinée, c'est vingt-neuf peuples. et aucun n'a commencé ici
- En Guinée, on dit : guinè En soussou, guinè veut dire la femme. L'explication la plus répandue dans le pays veut que des marins aient pris pour un nom de terre la réponse des femmes qu'ils croisaient sur la côte. Fiche du peuple soussou, EthniAfrica
- Au nord, on disait : la terre des ignawen En amazigh, akal n ignawen. C'est ainsi que les berbérophones désignaient la zone sahélienne au Moyen Âge. On traduit d'ordinaire par le pays des Noirs. Mais les linguistes rattachent agnaw au verbe gnu, coudre : l'agnaw, c'est celui qui a la langue cousue. Celui qui ne parle pas la langue de celui qui le nomme. Rachid Agrour, Cahiers d'Études africaines, 2012, d'après Maurice Delafosse, 1924
- Guiné, c'est la forme qui est restée Les navigateurs portugais l'écrivent dès le XVe siècle, pour toute la côte au sud du Sénégal. Pas pour ce pays-ci : il n'existait pas. Des trois lectures, c'est leur orthographe qui a traversé, parce que c'est elle qu'on a imprimée. Fiche pays de la Guinée, EthniAfrica
- Le nom est resté, et il n'est pas seul Guinée française de 1891 à 1958. Le 2 octobre 1958, le pays devient indépendant et garde ce nom-là. Ce qui est resté avec lui : le français comme langue officielle, et Conakry, capitale de la colonie devenue capitale du pays. Fiche pays de la Guinée, EthniAfrica
- À l'intérieur, un nom fait de deux langues Fouta — la région, en fulfulde Djallon — la montagne, en yalunka Le massif central s'appelle Fouta Djallon. Chaque moitié du nom vient d'une langue différente, et d'un peuple différent. Compte rendu de Thierno Diallo, Cahiers d'Études africaines, 1974
- Avant, il s'appelait Jallonkadu Le pays des gens de la montagne. Les Yalunka entrent sur ce plateau au XIe puis au XIIIe siècle, et les traditions rapportées en font ses premiers habitants. Le nom n'a pas été remplacé : on lui a mis un mot devant. Fiche du peuple yalunka, EthniAfrica
- Ici, un État décidait Au XVIIIe siècle, la théocratie du Fouta Djallon : l'un des plus importants États fulɓe d'Afrique de l'Ouest, avec sa capitale à Timbo. À sa tête, un almami. Karamokho Alfa, puis Ibrahima Sori. Fiche pays de la Guinée, EthniAfrica
- Et chacun vient d'ailleurs le premier groupe du pays comme les autres Les Fulɓe viennent du Fouta Toro, la vallée du Sénégal. Les Maninka du Manden, à cheval sur le Mali et la Haute-Guinée. Les Sosoxui de Wagadou, l'empire du Ghana, par le Sosso. Les Kissi du Haut Niger. Fiches des peuples fulɓe, malinké, soussou et kissi, EthniAfrica
- Chacun est arrivé sur quelqu'un Les Yalunka poussent les Kissi vers la forêt à partir de 1600. Un siècle plus tard, les Fulɓe poussent les Yalunka et les Sosoxui vers la côte : Conakry est en pays soussou pour cette raison. Aucun de ces peuples ne vit seulement ici. Fiches des peuples kissi, yalunka et soussou, EthniAfrica
- Ces peuples n'ont pas été rassemblés. C'est la carte qui a été dessinée autour d'eux. Nommer un peuple aussi facilement qu'un pays.
Crédits : Hauts plateaux du Fouta Djallon, Guinée, 2013 · Maarten van der Bent · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 ; Dubréka, Quenendè · François-Edmond Fortier, v. 1905 · Wikimedia Commons · domaine public ; Gravures rupestres en tifinagh, Sahara algérien, 2006 · Paul Gruban · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 ; Carte de la Barbarie, de la Nigritie et de la Guinée · Guillaume Delisle, 1707, Musée de la Compagnie des Indes · Wikimedia Commons · domaine public ; Conakry, Guinée, 2015 · Vincentyang1912 · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 ; Massif du Fouta Djallon, Guinée, 2013 · Maarten van der Bent · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 ; Intérieur de village djallonké, Guinée · François-Edmond Fortier, v. 1905 · Wikimedia Commons · domaine public ; L'almami de Timbo et sa maison, Guinée · François-Edmond Fortier, v. 1905 · Wikimedia Commons · domaine public ; Vue de l'armée du Fouta Toro en marche · gravure d'Ambroise Tardieu, 1820, Bibliothèque nationale de France · Wikimedia Commons · domaine public ; Timbo, capitale du Fouta Djallon, gravure de 1818 · New York Public Library · Wikimedia Commons · domaine public ; Fouta Djallon, Guinée, 2013 · Maarten van der Bent · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0
L'origine du nom Guinée n'est pas établie : un mot soussou, une expression amazighe et l'orthographe des navigateurs portugais se disputent l'explication. À l'intérieur du pays, le nom du Fouta Djallon réunit deux langues, celle des Fulɓe et celle des Yalunka.
Un nom dont l'origine n'est pas établie
D'où vient le nom Guinée ? Trois explications circulent, et aucune n'est démontrée.
La première relie le mot au soussou guinè, qui désigne la femme. C'est une étymologie couramment citée, notamment en Guinée.
La deuxième le rattache à une expression amazighe, akal n ignawen, « la terre des ignawen ». Les berbérophones désignaient ainsi, au Moyen Âge, la zone sahélienne au sud du Sahara. On la traduit d'ordinaire par « pays des Noirs », d'après Maurice Delafosse en 1924. Rachid Agrour, qui reprend cette lecture dans un article de 2012, rapporte aussi une autre analyse du mot agnaw : il viendrait du verbe gnu, coudre. L'agnaw serait alors « celui qui a la langue cousue », celui qui ne parle pas la langue de celui qui le nomme.
La troisième explication ne dit pas d'où vient le mot, mais comment il s'est imposé : les navigateurs portugais écrivent Guiné dès le XVe siècle, pour toute la côte ouest-africaine au sud du Sénégal. C'est cette forme écrite qui s'est répandue en Europe. Elle ne désignait pas le pays actuel, qui n'existait pas encore.
Un nom de colonie gardé à l'indépendance
En 1891, la France reprend ce nom pour sa colonie : la Guinée française, qui dure jusqu'en 1958. Le 2 octobre 1958, le pays devient indépendant et garde le nom de Guinée.
Fouta Djallon : un nom fait de deux langues
Au centre du pays, le massif du Fouta Djallon porte un nom en deux morceaux. « Fouta » est le mot fulfulde, la langue des Fulɓe, pour une région qu'ils habitent. « Djallon » vient du yalunka, où il veut dire « montagne ».
Avant, la région s'appelait Jallonkadu, « le pays des gens de la montagne ». Le nouveau nom n'a pas effacé l'ancien : il lui a ajouté un mot devant. Chaque moitié du nom garde la trace d'une langue et d'un peuple.
Un État fulɓe sur le plateau
Aux XVIIIe et XIXe siècles, le Fouta Djallon est le siège d'une théocratie fulɓe, l'un des plus importants États fulɓe d'Afrique de l'Ouest : un État islamique organisé, qui a résisté à la colonisation française.
Les Fulɓe n'y sont pas arrivés d'un coup. Notre fiche sur ce peuple décrit deux vagues distinctes : des éleveurs à partir du XIVe siècle, puis, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des musulmans qui fondent la théocratie.
Un pays d'arrivées autant que de départs
On entend dire que la Guinée est le pays « d'où viennent » les peuples de la région. Nos fiches racontent aussi l'inverse : pour ses grands groupes, la Guinée a été une destination.
Les premières traces des Yalunka sur le plateau remontent au XIe siècle ; notre fiche sur ce peuple les présente comme les premiers habitants du Jallonkadu. Une tradition kissi, rapportée dans un ouvrage de synthèse, les fait venir de la région du Haut-Niger, puis vivre au sud du Fouta Djallon jusqu'à ce que les Yalunka les poussent vers l'ouest, à partir de 1600. L'origine des Soussou est discutée : une lecture les fait venir du Wagadu, l'ancien Ghana, mais les auteurs ne s'accordent pas. Leur expansion vers la côte atlantique, au XVIIIe siècle, suit les guerres menées par les Fulɓe du Fouta Djallon.
Ces récits reposent sur des sources de solidité inégale, que chaque fiche indique. Ils ne font pas de la Guinée un point de départ unique, ni un point d'arrivée unique : les peuples qui y vivent vivent aussi dans les pays voisins, et leurs histoires traversent les frontières actuelles.
En résumé
Le nom Guinée est arrivé par l'écrit, par l'orthographe des navigateurs portugais, puis par la colonie française, et le pays l'a gardé en 1958. Son origine reste discutée entre plusieurs explications. À l'intérieur, le nom du Fouta Djallon réunit deux langues et deux peuples.
Vous connaissez une autre explication du nom Guinée, ou un récit sur le nom Jallonkadu ? Dites-nous d'où vient ce que vous savez.
Sources consultées
- Fiche du peuple soussou, EthniAfricaEn attente d'examen
Notre fiche sur les Soussou : l'étymologie couramment citée qui relie Guinée au mot soussou pour « femme », et les lectures divergentes sur l'origine du peuple.
- Rachid Agrour, Cahiers d'Études africaines, 2012, d'après Maurice Delafosse, 1924, p. 767-811En attente d'examen
« Contribution à l'étude d'un mot voyageur : Chleuh », Cahiers d'Études africaines 208. L'article cite Delafosse (1924, p. 153) pour akal n ignawen ; il ne s'oppose pas à lui.
- Fiche pays de la Guinée, EthniAfricaEn attente d'examen
Notre fiche pays : les trois explications du nom, la Guinée française, l'indépendance, le nom du Fouta Djallon (d'après N'Daou, 1999) et la théocratie du Fouta Djallon.
- Compte rendu de Thierno Diallo, Cahiers d'Études africaines, 1974En attente d'examen
Compte rendu paru en 1974, cité par le carrousel pour le sens des deux moitiés du nom. Nous ne l'avons pas relu pour cet article.
- Fiche du peuple yalunka, EthniAfricaEn attente d'examen
Notre fiche sur les Yalunka : leur présence sur le plateau et le nom Jallonkadu.
- Fiches des peuples fulɓe, malinké, soussou et kissi, EthniAfricaEn attente d'examen
Nos fiches sur ces peuples : leurs routes de migration, dont les deux vagues fulɓe vers le Fouta Djallon.
- Fiches des peuples kissi, yalunka et soussou, EthniAfricaEn attente d'examen
Nos fiches sur ces peuples : la tradition kissi d'une origine au Haut-Niger et le départ vers l'ouest, l'expansion soussou vers la côte.










