D'où vient le nom « Carnaval » ?
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- Le carnaval de la Caraïbe, une fête arrivée d'Europe ? Amériques · Caraïbe
- Le mot vient d'Europe. Ces fêtes ont leur propre histoire. Le mot carnaval vient de l'italien. Il est attesté au XIIIe siècle. Dans la Caraïbe et au Brésil, la fête porte d'autres noms. TLFi (CNRTL), « carnaval »
- Un carnaval n'est pas seulement une fête. Chaque nom garde une histoire. Trois lieux : la Martinique, Trinidad, Recife au Brésil.
- En Martinique, des Nations défilent, puis sont interdites. Martinique, Saint-Pierre puis Fort-de-France. Une Nation est un groupe d'esclaves de même origine. Au milieu du XVIIIe siècle, un gouverneur les exclut de la procession de la Fête-Dieu : il y voit une menace pour l'ordre établi. En 1765, un arrêté interdit les mascarades armées de bâtons ferrés. Après 1848, le carnaval de Saint-Pierre devient populaire. Guide du Carnaval, 2013
- En Martinique, le mannequin s'appelait « bois-bois ». Martinique, Saint-Pierre. Le bois-bois est un pantin de paille. Il caricature l'incident le plus impopulaire de l'année. À Saint-Pierre, on l'enterre ou on le jette à la mer. Un livre de 1890 décrit déjà cette cérémonie, au passé. Ce livre n'écrit pas le mot Vaval. L. Hearn, Two Years in the French West Indies, Harper & Brothers, 1890 · R. Confiant, 2007
- Vaval, roi du carnaval : d'où vient son nom ? Martinique, Fort-de-France. Vaval est le roi du carnaval. On le brûle le mercredi des Cendres. Une explication publiée y voit un diminutif créole de « carnaval ». Nous n'avons trouvé aucune date pour ce nom. Deux récits non prouvés s'opposent : Vaval aurait remplacé le bois-bois après 1902, ou serait né avec le Comité Carnaval Foyal, créé en 1964. Guide du Carnaval, 2013 · Manioc, 2019 · La 1ère Martinique, 2026
- À Trinidad, la nuit d'ouverture s'appelait Canboulay. Port of Spain, Trinidad et Tobago. Canboulay vient du français « cannes brûlées », sous sa forme créole. Après l'émancipation, d'anciens esclaves organisent ces cortèges de nuit. Une lecture y voit la reconstitution moqueuse des incendies de cannes. P. Scher, Cabinet, n° 6
- Puis la police a interdit le Canboulay. Port of Spain, Trinidad et Tobago. En 1880, la police exige la remise des torches et des tambours. En 1881, elle tente d'empêcher le cortège et une lutte violente éclate. En 1884, une ordonnance interdit les torches, les tambours, les cornes et les combats de bâtons. Jouvay, « jour ouvert », remplace ensuite cette ouverture. Nous n'avons trouvé aucune date écrite pour ces deux noms. B. Brereton, 2002 · M. La Rose, 2019 · Archives nationales britanniques, 1884
- À Recife, les cortèges de rois du Congo s'appellent maracatu. Recife et Olinda, Pernambouc, Brésil. Des confréries noires couronnent un roi et une reine du Congo pendant la période coloniale. Le plus ancien emploi écrit connu du mot maracatu date de 1840. En 1861, une loi d'Olinda interdit « les danses des Noirs esclaves ». Le Brésil inscrit le maracatu-nação à son patrimoine en 2014 : « création, résistance et foi ». IPHAN, Maracatu Nação, 2014 · E. Chamone, F. Lyra de Carvalho et C. Sandroni
- L'origine de « maracatu » n'est pas établie. Brésil. Un historien écrit qu'elle est impossible à trouver. Une lecture y voit deux mots tupi : maracá, un hochet, et catu, « beau ». Une autre propose une forme angolaise, maracatucá, « allons nous disperser ». I. M. de F. Lima · M. de Andrade · Gonçalves Fernandes
- Ce que des auteurs rattachent à l'Afrique. En Martinique, un guide voit dans les Nations une reconstruction de sociétés africaines, et attribue le Moko Zombi aux Efik du Vieux Calabar, au conditionnel. À Trinidad, Hollis Liverpool rattache à l'Afrique le kalinda et le Canboulay. À Recife, les couronnements de rois du Congo sont à l'origine du maracatu-nação. Guide du Carnaval, 2013 · H. U. Liverpool · IPHAN
- Qui a apporté la fête ? D'où viennent ses formes ? Johnny Coomansingh écrit en 2024 que les Français ont apporté le carnaval à Trinidad, tout en rappelant une thèse d'origine pan-africaine. Hollis Liverpool conteste l'origine européenne. Ce sont deux questions distinctes. J. Coomansingh, Caribbean News Global, 16 janv. 2024 · H. U. Liverpool, TDR, 1998
- Le mot, oui. La fête, les auteurs divergent. Le mot carnaval vient de l'italien. Canboulay, Jouvay, Vaval et maracatu sont des noms locaux. Chacun garde la trace de celui qui l'a donné.
- Notre objectif : raconter l'origine des noms, avec des sources. Vous avez une histoire, un nom transmis ou une source ? Partagez-la sur EthniAfrica.
Crédits : Groupe à pied, dimanche gras, Fort-de-France, Martinique, 2017 · Georges-Michel Granville · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 ; Le Combat de Carnaval et Carême · Pieter Bruegel l'Ancien, 1559 · Kunsthistorisches Museum, Vienne, via Wikimedia Commons · domaine public ; Americæ nova Tabula · Joan Blaeu, Atlas Maior, 1667 · British Library, via Wikimedia Commons · domaine public ; Danse à la Dominique, illustration d'époque · Agostino Brunias, Londres, 1779 · Bibliothèque nationale de France (Gallica), via Wikimedia Commons · domaine public ; Rue Victor-Hugo, Saint-Pierre, Martinique, avant l'éruption de 1902 · auteur inconnu, Popular Science Monthly, vol. 61, 1902 · Wikimedia Commons · domaine public ; Vaval du carnaval de Martinique, 2024 · Aude Lazaro ArcheOn · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 ; Danse à Trinidad, illustration d'époque · Richard Bridgens, lithographie de Day et Haghe, Londres, v. 1838-1845 · Library of Congress, via Wikimedia Commons · domaine public ; Danse à Trinidad, détail · Richard Bridgens, lithographie de Day et Haghe, Londres, v. 1838-1845 · Library of Congress, via Wikimedia Commons · domaine public ; Maracatu Nação Leão Coroado, Olinda, carnaval 2020 · Prefeitura de Olinda / Sandro Barros · Flickr, via Wikimedia Commons · CC BY 2.0 ; Fête de Sainte Rosalie, patronne des nègres (Minas Gerais), lithographie de J. M. Rugendas, Voyage pittoresque dans le Brésil, 1835 · photographie Wilfredor · Itaú Cultural, São Paulo, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 ; Moko Jumbie, Trinidad et Tobago, 2009 · Trinidad News · Flickr, via Wikimedia Commons · CC BY 2.0 ; Masque de Pierrot de Peter Minshall, bande « Carnival is Colour », 1987, exposé à Port-of-Spain en 2019 · Lisa Allen-Agostini · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 ; Costume « King Sailor », Port of Spain, Trinidad et Tobago, 2010 (Brian MacFarlane), photographié au Musical Instrument Museum, Phoenix, en 2022 · Terry Ballard · Flickr, via Wikimedia Commons · CC BY 2.0 ; Baie de Saint-Pierre et Montagne Pelée, Martinique, 2015 · Ze Moudong · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0
Le mot carnaval vient d'Europe. Mais en Martinique, à Trinidad ou à Recife, la fête porte aussi d'autres noms : Nations, bois-bois, Vaval, Canboulay, maracatu. Chacun garde une histoire, et les auteurs ne s'accordent pas sur celle de la fête elle-même.
Le mot vient d'Europe
Le mot carnaval vient de l'italien ; il est attesté au XIIIe siècle. Sur ce point, il n'y a pas de doute : le mot est européen.
Mais un mot n'est pas une fête. Dans la Caraïbe et au Brésil, le carnaval porte aussi d'autres noms, et ces noms racontent d'autres histoires. En voici trois, en Martinique, à Trinidad et à Recife.
Martinique : les Nations
En Martinique, on appelait « Nation » un groupe d'esclaves de même origine. Au milieu du XVIIIe siècle, un gouverneur exclut les Nations de la procession de la Fête-Dieu, parce qu'il y voit une menace pour l'ordre établi. En 1765, un arrêté interdit les mascarades armées de bâtons ferrés.
Après 1848, le carnaval de Saint-Pierre devient une fête populaire. Le guide qui rapporte cette histoire, publié en 2013 par le Comité martiniquais du tourisme, voit dans les Nations une reconstruction de sociétés africaines.
Martinique : du bois-bois à Vaval
À Saint-Pierre, le mannequin du carnaval s'appelait le « bois-bois ». C'était un pantin de paille qui caricaturait l'incident le plus impopulaire de l'année ; on l'enterrait ou on le jetait à la mer. Un livre publié en 1890 par L. Hearn décrit déjà cette cérémonie au passé, et n'écrit jamais le mot Vaval.
Aujourd'hui, le roi du carnaval s'appelle Vaval ; on le brûle le mercredi des Cendres. Une explication publiée voit dans ce nom un diminutif créole de « carnaval ». Nous n'avons trouvé aucune date sûre pour l'apparition du nom Vaval, ni pour le passage du bois-bois à Vaval.
Trinidad : le Canboulay
À Trinidad, la nuit d'ouverture du carnaval s'appelait le Canboulay. Le mot vient du français « cannes brûlées », sous sa forme créole.
Après l'émancipation, d'anciens esclaves organisent ces cortèges de nuit. Une lecture y voit la reconstitution, moqueuse, des incendies de champs de cannes. C'est une interprétation, pas un fait établi.
Recife : le maracatu
À Recife, au Brésil, les cortèges du carnaval qui portent des rois du Congo s'appellent maracatu. Pendant la période coloniale, des confréries noires y couronnaient un roi et une reine du Congo. En 2014, le Brésil a inscrit le maracatu-nação à son patrimoine, en le présentant comme une « création, résistance et foi ».
L'origine du mot maracatu, elle, n'est pas établie. Plusieurs explications circulent ; nous ne les reprenons pas ici, parce que nous n'avons pas encore lu les ouvrages qui les proposent.
Qui a apporté la fête ? D'où viennent ses formes ?
Ce sont deux questions différentes, et les auteurs ne répondent pas de la même façon. Une chronique publiée en 2024 écrit que les Français ont apporté le carnaval à Trinidad, tout en rappelant qu'une autre thèse lui donne une origine panafricaine.
Du côté des formes, le guide martiniquais de 2013 rattache au conditionnel le Moko Zombi, l'échassier du carnaval, aux Efik du Vieux Calabar. Pour le maracatu, ce sont les couronnements de rois du Congo qui sont à son origine. Aucune de ces sources ne permet de dire, d'un seul mot, que le carnaval de la Caraïbe est « européen » ou « africain ».
En résumé
Le mot carnaval est européen. La fête, elle, porte dans la Caraïbe et au Brésil des noms locaux, Nations, bois-bois, Vaval, Canboulay, maracatu, qui gardent chacun la trace de ceux qui l'ont faite et de ceux qui ont voulu l'interdire.
Vous connaissez un nom du carnaval transmis dans votre famille ou votre quartier, ou une source sur l'un de ces noms ? Dites-nous d'où il vient.
Sources consultées
- TLFi (CNRTL), « carnaval »En attente d'examen
- A. Lucrèce et T. L'Etang, Guide du Carnaval, Comité martiniquais du tourisme, 2013En attente d'examen
- L. Hearn, Two Years in the French West Indies, Harper & Brothers, 1890En attente d'examen
- R. Confiant, 2007En attente d'examen
- Manioc, 2019En attente d'examen
- La 1ère Martinique, 2026En attente d'examen
- P. Scher, Cabinet, n° 6En attente d'examen
- B. Brereton, 2002En attente d'examen
Citée sur une carte du carrousel. Nous ne l'avons pas encore relue directement, et le texte ci-dessus ne s'appuie pas sur elle.
- M. La Rose, 2019En attente d'examen
Citée sur une carte du carrousel. Nous ne l'avons pas encore relue directement, et le texte ci-dessus ne s'appuie pas sur elle.
- Archives nationales britanniques, 1884En attente d'examen
Citée sur une carte du carrousel. Nous ne l'avons pas encore relue directement, et le texte ci-dessus ne s'appuie pas sur elle.
- IPHAN, Maracatu Nação, 2014En attente d'examen
- E. Chamone, F. Lyra de Carvalho et C. SandroniEn attente d'examen
Citée sur une carte du carrousel. Nous ne l'avons pas encore relue directement, et le texte ci-dessus ne s'appuie pas sur elle.
- J. Coomansingh, Caribbean News Global, 16 janv. 2024En attente d'examen
- H. U. Liverpool, TDR, 1998En attente d'examen
Citée sur une carte du carrousel. Nous ne l'avons pas encore relue directement, et le texte ci-dessus ne s'appuie pas sur elle.













