Système politique traditionnel
La société toubou est organisée en clans (environ 50 clans actuellement, 36 à l'origine) réunis sous l'autorité spirituelle du derde, chef du clan Tumagra des Teda, résidant à Zouar (Tibesti). Le derde est un arbitre des conflits et juge coutumier, comparable à l'amenokal touareg. Son rôle s'est renforcé sous la colonisation française et lors de la première guerre civile tchadienne. En dessous du derde, chaque clan possède un chef (soultane ou al-haj) nommé ou reconnu par l'administration coloniale française à partir de 1936. Les Français ont créé des cantons et nommé des chefs officiels, superposant une structure administrative à l'organisation clanique traditionnelle.
Organisation clanique
Chaque clan dispose de droits exclusifs sur certaines oasis, pâturages, puits et palmiers. La propriété (terre, arbres, puits, animaux) au sein d'une oasis est fragmentée entre différents propriétaires selon l'appartenance clanique. La société comprend trois strates : les hommes libres (freemen), les artisans spécialisés (Azza/Aza : forgerons, travailleurs du cuir, mineurs de sel, puits, poterie, couture ; endogames, ségrégués socialement) et les anciens esclaves (Agara : issus de razzias, endogames, émancipés en 1953 par al-haj Kelleï Chahami dans le Borkou).
Rôle des lignages
Les lignages sont patrilinéaires. L'aîné mâle dirige la famille étendue. Le clan est le deuxième niveau de parenté, vecteur d'hospitalité, de protection et d'alliances matrimoniales. Les mariages entre cousins sont interdits jusqu'à 9 générations chez les Teda ; certains clans Daza pratiquent le mariage de cousins proches. Le blason clanique (signe distinctif) identifie chaque clan parmi les 36 originaux.
Autorité religieuse
Le derde est à la fois chef spirituel et arbitre des conflits. Les conflits graves (meurtre) sont réglés entre familles via la goroga (diya, prix du sang, conforme à la loi islamique). Les oulémas et imams exercent une autorité religieuse locale. L'islam sunnite (école malékite) structure la vie sociale depuis le 12e siècle, mais des rites pré-islamiques subsistent : cérémonies agricoles (sadaga) avant les semailles, offrandes aux génies de la montagne et des oasis, invocations aux esprits protecteurs lors des serments.