Système politique traditionnel
Le Royaume Shilluk est l'une des monarchies sacrées les plus documentées d'Afrique sub-saharienne. Le Reth (roi divin) détient une autorité à la fois politique et religieuse : sa santé est perçue comme indissociable de la santé de la nation tout entière. Le Reth est toujours issu du kwareth, le clan royal des descendants de Nyikang, et succède par primogéniture masculine. L'installation d'un nouveau Reth implique une cérémonie où le candidat doit livrer une bataille rituelle contre l'effigie de Nyikang, symbolisant la transmission de l'esprit fondateur. Il s'agit d'une royauté sacrée au sens propre, selon l'anthropologue C.G. Seligman (1911). James George Frazer a analysé ce système dans Le Rameau d'Or (1916). Le royaume est organisé en plus de 100 pödh (fédérations de villages) répartis entre les provinces du Gher (nord) et du Luak (sud).
Organisation clanique
La société shilluk est structurée en lignages (kwa). La classe supérieure est le kwareth (famille royale descendant de Nyikang). Les ororo sont une branche royale secondaire remplissant des fonctions rituelles. Les chollo constituent la majorité et comprennent plusieurs catégories : les clans des compagnons de Nyikang (mööyø), les descendants de populations absorbées (kwa'julø), et les kwa'mööyø (d'origine nuer). Le Bang Reth regroupe les épouses royales et les serfs sous protection du roi.
Rôle des lignages
Les lignages (kwa) déterminent l'appartenance sociale, les droits fonciers et les alliances matrimoniales. Le pödh (groupement territorial) est la base de la structure sociale, réunissant plusieurs lignages sous un leader unique, traditionnellement issu du lignage dyil (propriétaires originels de la terre). Les wëdhdh sont les migrants arrivés plus tardivement. Le chef du pödh doit appartenir au lignage dyëll, sauf si ce lignage s'est éteint.
Autorité religieuse
La royauté sacrée shilluk est elle-même une institution religieuse. L'esprit de Nyikang, héros fondateur mi-humain mi-crocodile, est censé s'incarner dans chaque Reth. Des sanctuaires de Nyikang (temples et autels) sont entretenus dans l'ensemble du pays shilluk. Les cultes ancestraux jouent un rôle central dans la vie quotidienne. Depuis la fin du 19e siècle, le christianisme (église catholique et protestante anglicane via la Church Mission Society) est largement adopté, créant un syncrétisme entre pratiques traditionnelles et croyances chrétiennes.